Chaque goutte de pluie ou flocon de neige qui tombe sur la forêt entreprend un long périple. Entre 20 et 90 % des précipitations sont restitués à l’atmosphère par évapotranspiration, c’est-à-dire par évaporation (à partir du sol et du couvert forestier) et transpiration (restitution de l’eau par les stomates des arbres). L’eau qui ne retourne pas dans l’atmosphère est emmagasinée temporairement dans le sol avant d’être intégrée au ruissellement qui alimente les cours d’eau et les lacs ou elle percole dans le sol jusqu’à la nappe souterraine.
Les deux tiers des Canadiens tirent leur eau potable des eaux de surface, dont une grande partie prennent leur source dans les milieux forestiers.
Les forêts font partie intégrante du cycle de l’eau. À mesure que l’eau progresse dans l’écosystème forestier, elle subit des transformations chimiques. Elle se purifie, le sol filtrant les substances comme le mercure, les pesticides et d’autres polluants. Le couvert forestier freine également l’érosion et retarde l’arrivée de l’eau dans les cours d’eau, contribuant ainsi à stabiliser la qualité de l’eau ainsi que les apports d’eau dans la région. En outre, les forêts jouent un rôle dans l’alimentation des eaux souterraines et dans le maintien de leur qualité.
L’approvisionnement fiable en eau propre est l’un des principaux avantages que procurent les forêts. Les chercheurs doivent donc surveiller les menaces qui pourraient mettre en péril ce fragile équilibre entre les forêts et les ressources en eau et trouver des moyens de les minimiser.
Lorsque les forêts sont perturbées à petite échelle (sur moins de dix kilomètres carrés), les effets sur les ressources en eau sont assez bien connus. La disparition partielle ou totale d’une petite forêt — par suite de perturbations naturelles, comme un feu ou une infestation, ou de l’exploitation forestière — provoque la réduction immédiate de l’évapotranspiration. L’humidité du sol s’accroit; le ruissellement augmente. À mesure que la forêt se régénère, l’évapotranspiration augmente : habituellement, l’humidité du sol et le ruissellement reviennent aux niveaux antérieurs à la perturbation en trois à cinq ans. À plus long terme, il se peut que le taux d’évapotranspiration dans la forêt en pleine croissance soit plus élevé et réduise ainsi l’humidité du sol et le ruissellement.
Les perturbations qui surviennent dans les forêts ont également des répercussions sur le cycle des éléments dans les sols forestiers. À court terme, elles peuvent accélérer la migration de certains éléments vers les eaux de surface et modifier ainsi l’ensemble des écosystèmes aquatiques.
Ce que nous ignorons, du moins pour l’instant, c’est la façon dont les effets de nombreuses petites perturbations, et leur impact sur l’eau — autant la qualité que la quantité — peuvent s’accumuler dans les grands systèmes fluviaux. Les incidences sur la biodiversité et la productivité aquatiques sont également mal connues.
Le réchauffement planétaire aura des répercussions considérables sur le cycle de l’eau. Les effets les plus probables sont les suivants :
Toute modification du cycle de l’eau peut influer sur la répartition des espèces, augmenter les dommages causés par les phénomènes météorologiques extrêmes (tempêtes de verglas, inondations, tempêtes de vent, sécheresses) et exercer des pressions accrues sur les forêts déjà affaiblies par les insectes, les maladies et la pollution atmosphérique. Le changement climatique modifiera aussi les processus physiques, chimiques et biologiques qui se déroulent dans le sol. Ensemble, ces changements pourraient avoir un effet significatif sur l’eau — en qualité et en quantité — qui circule dans le milieu forestier.
L’utilisation des combustibles fossiles et la fusion des minerais libèrent beaucoup de polluants dans l’atmosphère, lesquels sont à l’origine, notamment, des pluies acides. Formées lorsque les oxydes d’azote et de soufre sont en présence d’eau dans l’atmosphère, les pluies acides affectent directement les écosystèmes aquatiques lorsqu’elles tombent sur les lacs et les cours d’eau. Elles affectent aussi les forêts. Certains milieux et sols forestiers peuvent neutraliser les acides et prévenir les dommages qui leur sont associés, mais de vastes régions de l’Est du Canada sont particulièrement vulnérables à l’acidification. Les pluies acides dissolvent les nutriments essentiels des sols forestiers et mobilisent les métaux toxiques, comme l’aluminium. L’acidification du sol et les métaux toxiques peuvent alors poser un risque pour les écosystèmes terrestres et aquatiques.
Bassin hydrographique des lacs Turkey : étude sur les pluies acides
Depuis 1980, des chercheurs étudient les effets des pluies acides sur les écosystèmes forestiers du bassin des lacs Turkey, situé à 60 kilomètres au nord de Sault Ste. Marie, en Ontario. Pendant 30 ans, des scientifiques de RNCan, d’Environnement Canada et de Pêches et Océans Canada, ainsi que de nombreux autres partenaires, ont rassemblé des données sur la composition chimique des lacs et des cours d’eau, l’hydrologie, la météorologie, les propriétés chimiques des sols, la croissance des arbres et les populations de poissons et d’invertébrés benthiques. C’est ainsi qu’ont été constitués les ensembles de données les plus exhaustifs en Amérique du Nord.
L’étude du bassin des lacs Turkey a permis d’évaluer l’efficacité de la réglementation relative à la pollution atmosphérique (y compris le traité canado-américain sur les pluies acides) et d’examiner les liens entre la variabilité du climat, les cycles biogéochimiques et les réactions biologiques. En 1997, des chercheurs ont entrepris une expérience portant sur les incidences de l’exploitation forestière dans la région afin d’examiner les effets de l’intensité de la récolte sur la productivité forestière, les processus pédologiques, la qualité de l’eau et sa quantité.
La gestion des zones riveraines
Les zones riveraines sont des zones de transition entre les milieux terrestre et aquatique. Elles régularisent l’écoulement de l’eau, les apports de nutriments, la biomasse et les sédiments entre les deux milieux et procurent un habitat à de nombreuses espèces terrestres et semi-aquatiques. Dans la plupart des régions du Canada, les zones riveraines font l’objet de prescriptions particulières en matière d’aménagement forestier et sont souvent protégées par une bande tampon où l’exploitation forestière est limitée.
Dans la zone d’étude des lacs Esker près de Cochrane, en Ontario, les chercheurs du Centre de foresterie des Grands Lacs (Service canadien des forêts) ont récemment évalué l’efficacité des prescriptions actuelles en matière d’aménagement forestier dans les bandes tampons. Ils ont conclu qu’il faudrait tenir compte, dans la configuration des bandes, des caractéristiques du sol, du type de peuplement forestier et de la pente locale.
Dans le cadre du projet de recherche sur les impacts de l’exploitation forestière sur la zone riveraine de la rivière White, en Ontario, les chercheurs examinent les avantages écologiques, les répercussions sur l’environnement et la faisabilité opérationnelle de l’exploitation partielle des zones riveraines.
Les deux projets de recherche ont grandement contribué à l’élaboration de nouvelles lignes directrices sur l’aménagement des berges en Ontario.
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