L’innovation est nécessaire à la transformation de l’industrie forestière canadienne et à sa prospérité. C’est pourquoi l’un des objectifs de recherche du Programme des technologies transformatrices (PTT) administré par l’institut canadien de recherche forestière FPInnovations est de permettre l’innovation au sein du secteur des pâtes et papiers, qui a longtemps été l’un des piliers de l’industrie forestière canadienne.
La fibre ligneuse produite dans les forêts du Nord du Canada est différente de celle qui provient des arbres à croissance rapide des climats plus chauds, et ses caractéristiques uniques ont aidé le Canada à se tailler une place de chef de file mondial dans le domaine des pâtes et papiers. Cependant, au cours des dernières années, le pays a vu sa part de marché reculer dans ce secteur, entre autres en raison du faible coût du papier produit à partir des arbres à croissance rapide des forêts tropicales.
L’enjeu actuel est donc de trouver une méthode permettant de tirer avantage des fibres canadiennes de qualité supérieure et de produire des papiers qui pourront concurrencer le marché international d’aujourd’hui. FPInnovations a axé ses recherches dans deux domaines qui pourraient constituer des options prometteuses :
Des minéraux peu coûteux comme l’argile, le carbonate de calcium et le gypse sont actuellement utilisés afin d’étirer la quantité de fibre de bois nécessaire à la production de papiers à taux de charge élevé. Les papiers d’impression canadiens contiennent habituellement entre 12 % et 28 % d’agents de charge, l’utilisation de ces agents dans une proportion plus élevée ayant jusqu’à présent entraîné des problèmes d’usinage lors de la production et une diminution de la résistance du papier.
Les chercheurs de FPInnovations seront bientôt en mesure de modifier la donne. En effet, ils évaluent depuis quelques années différentes méthodes permettant d’utiliser une proportion d’agents de charge aussi élevée que 50 % dans les papiers d’impression tout en conservant la résistance et la qualité du produit final. Jusqu’à présent, ils ont réalisé de grands progrès sur les points suivants :
FPInnovations a conçu de nouvelles technologies liées à chacun de ces domaines de recherche, qui en sont actuellement à la phase de commercialisation ou en voie de l’être, ce qui signifie qu’une prochaine génération de papiers d’impression canadiens aux prix concurrentiels pourrait voir le jour dans aussi peu que cinq ans.
Une autre stratégie permettant de tirer avantage de la fibre de bois canadienne est la diversification des marchés. Il est en effet essentiel pour les producteurs d’élargir leur offre de produits maintenant que le marché du papier d’impression a régressé à un point tel que la simple compétitivité des coûts ne représente plus une option.
La fibre canadienne est depuis longtemps reconnue pour sa résistance et sa densité et elle présente des avantages particuliers comparativement aux produits de la compétition lorsqu’il est question d’emballage et de papiers fonctionnels spécialisés. FPInnovations explore le potentiel offert par les nouveaux produits en utilisant des techniques avancées de microscopie et de modélisation mathématique permettant la conception de nouvelles structures et de nouvelles catégories de papier destinées à la production de papiers à haute performance.
Un autre secteur intriguant qui se prêterait à l’élaboration de nouveaux produits est celui des papiers bioactifs. L’ajout de matériaux bioactives au papier donne en effet un produit semblable à un capteur capable de détecter la présence de toxines, de pathogènes et d’autres substances. Les papiers bioactifs pourraient avoir de multiples applications, entre autres servir d’indicateurs de la qualité de l’eau ainsi qu’être utilisés dans la fabrication de masques faciaux et d’emballages alimentaires qui changeraient de couleur lorsque exposés à des microbes ou à la chaleur.
L’un des défis techniques les plus difficiles à relever lors de la conception de nouveaux produits de papier concerne la possibilité de leur donner des propriétés barrière, c’est-à-dire des propriétés rendant les matériaux de fibres imperméables à certaines substances comme les gaz, l’eau et les huiles. Les chercheurs explorent actuellement les possibilités offertes par les agents de charge nanométriques, la cellulose nanocristalline et d’autres polymères biologiques afin de découvrir des propriétés barrière uniques qui correspondront aux besoins de l’industrie.
Ensemble, ces avancées permettront l’émergence d’une prochaine génération de produits de papier canadiens; verte et diversifiée, cette ligne de produits sera digne des attentes élevées en matière de qualité du monde entier.
Essais liés à la pâte
Les papiers fins sont actuellement produits à partir de pâte chimique, qui provient de la cuisson d’un mélange de copeaux de bois et de produits chimiques et permet la fabrication de papiers résistants de qualité supérieure. Ce procédé est par contre coûteux, et son remplacement par l’utilisation de pâte thermomécanique (PTM) pourrait permettre la production de papiers aux prix concurrentiels. La PTM est issue du broyage et de la cuisson de copeaux de bois qui n’ont pas été mélangés à des produits chimiques et elle est moins coûteuse que la pâte chimique; son utilisation a par contre comme inconvénient de rendre le papier moins résistant.
Afin de trouver une solution au dilemme opposant le prix et la résistance du papier, FPInnovations a procédé à des essais liés à la PTM blanchie qui visent à mettre au point la meilleure méthode de renforcement et d’incorporation d’agents de charge, ce qui permettra la production de nouvelles catégories de papiers fins. Ces catégories pourront être vendues à un prix intéressant et faire concurrence aux produits similaires issus de la transformation du bois de plantation à courte rotation.
L’utilisation de PTM comporte d’autres avantages que l’économie qu’elle entraîne; en effet, comme le Canada en est l’un des producteurs principaux, la pâte représente une ressource fiable et facile d’accès.
FPInnovations entend maintenant réaliser des essais pilotes d’utilisation de PTM blanchie dans ses installations de fabrication de papier.